Dossier : la communauté française de visual novels – (3/?)

17HeuresdAttente

Un VN français classique.

 

Qu’ouïs-je ? Serait-ce un nouvel article ?

Eh bien oui, vous ne rêvez pas, voici la troisième partie du dossier consacré à la communauté française du visual novel (qui succède à la deuxième et à la première partie).

Continuons sur notre lancée et explorons cette niche qu’est la création de visual novel en français. Ce n’est pas un mais deux nouveaux titres dont je vais vous faire la critique : Being Beauteous et Ambre, tous deux créés par Traümendes Mädchen.

Attention, les intrigues de ces deux visual novels ainsi que de Dandy Girl seront dévoilées dans cet article.

 

Being Beauteous

 

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La première moitié du visual novel reprend le texte de Charles Perrault.

 

Les contes de fées sont une source d’inspiration certaine pour de nombreux écrivains : qui n’en a jamais lu étant enfant ? Leur magie et leurs belles histoires existent depuis la nuit des temps. Il est difficile de ne pas imaginer les voir un jour sous la forme d’un visual novel. C’est le pari qu’a voulu relever Traümendes Mädchen en réalisant (en partie) ce VN lors du concours annuel de création de VN se déroulant à Epitanime en 2012 (ils ont annoncé avoir été hors-concours, le concours en question servirait ainsi de « motivation » à l’ensemble de l’équipe). Le blog officiel vous permet de télécharger le VN gratuitement ainsi que d’avoir accès à son synopsis.

L’histoire se résume en très peu de phrases : si vous connaissez Cendrillon (qui est bien souvent la jeune fille aux pantoufles de verre et aux demi-sœurs démoniaques) alors vous connaissez Being Beauteous. Seulement, l’auteur (Helia, aussi connue pour son blog dédié à la culture otaku) nous promet une révélation hors du commun qui viendrait chambouler notre vision du conte et ainsi faire de Being Beauteous une histoire à part entière.
Qu’en est-il réellement ?

Comme la majorité des créations amateurs, nous avons encore une fois affaire à un visual novel programmé sous Ren’Py. En ce qui concerne l’interface, elle aurait gagné à être plus travaillée, notamment le menu des options dont les couleurs flashy et les polices stylisées n’aident pas à la lecture. Notons également l’absence d’un menu en français. Bien que l’ouverture à un public international ne peut être que bénéfique (le visual novel est disponible en anglais et en allemand), il est très simple de programmer différents langages pour un même menu sous Ren’Py. Ajoutons aussi que certaines options peuvent induire le lecteur en erreur : malgré ce qu’on peut lire dans le menu, il n’y a pas de choix dans ce VN puisqu’il est caractérisé comme étant un kinetic novel (un visual novel linéaire, sans choix). Après avoir exploré le menu, il est temps de commencer la lecture.

Doté de dessins tout à fait honorables, le visual novel a une présentation plus que correcte. L’artiste, Morsy, donne un ton agréable très proche de l’histoire originale de Cendrillon : les visages mignons et enfantins des personnages sont en accord avec le conte. Malheureusement, le tout aurait pu être plus détaillé ; on remarque ainsi beaucoup de vide lors des différentes images qui défilent sur l’écran. La particularité de ce VN est qu’il mise uniquement sur des images de type CG (à l’instar de Faith/Puella) et non sur des sprites de personnages. Le récit se présente tel un livre imagé pour enfant. Il est bien dommage qu’une version 2.0 n’ait pas vue le jour : les différents dessins sont très prometteurs et une colorisation ainsi que des décors plus poussés (dont on ne verra que l’esquisse) auraient rendu l’ensemble encore plus crédible. Le choix de ne l’avoir réalisé qu’en une semaine devient plus un inconvénient qu’un avantage puisque cela a très certainement eu un impact considérable sur la qualité globale des graphismes. Heureusement, cela n’aurait été que du bonus puisque la qualité actuelle peut être considérée comme suffisante pour une œuvre de ce type.

 

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Le premier passage original du VN.

 

Comme annoncé précédemment, vous lirez durant la moitié du visual novel le conte de Charles Perrault dont quelques passages seront retirés ici et là. Le charme opère : l’histoire de Cendrillon est brillamment accompagnée d’images et de musiques se rapprochant de l’univers original, rien à dire à ce sujet. On peut être étonné du choix d’avoir repris mot pour mot une œuvre déjà existante. C’est un choix ambitieux avec des risques bien à lui : la fin du VN (qui, visiblement, sera différente de l’histoire originale) sera-t-elle à la hauteur ? Qu’en est-il de la technique d’écriture ? Arrivera-t-elle à rivaliser avec celle de Charles Perrault ? La réponse à cette dernière question est évidente : impossible d’imiter à la perfection ou de concurrencer une écriture parfaitement maîtrisée d’un écrivain renommé. C’est ainsi qu’une petite déception naît peu à peu à mesure que l’intrigue se révèle, et ce, de la façon la plus brusque qu’il soit.

Cette focalisation sur Charles Perrault a eu pour but de choquer le lecteur lorsqu’il arrive à l’écran qui coupe littéralement le récit en deux. Cendrillon, contrairement au récit connu, ne va jamais essayer la pantoufle de verre (ou peut-être que si ? Le récit n’est pas bien clair à ce niveau-là). Bref, la jeune fille ne revoit pas le prince et c’est une comtesse sortie de nulle part qui s’empare de celui-ci. Toutes ces informations en pagaille jurent énormément avec le texte qui date d’à peine un écran. Pire, l’écriture s’en ressent affaiblie : des détails s’ajoutent sans vraiment qu’ils n’aient de pertinence (pourquoi mettre en parallèle l’époque de Cendrillon et la nôtre ? Que doit-on en conclure ? Ne sommes-nous pas dans un monde fictif ?). Le rapprochement soudain avec des choses rationnelles (la notion même de « pointures » qui semble trop précise pour cette histoire) sort du conte de fée et nous ramène plutôt vers une fiction quelconque. Au-delà du choc concernant le tournant de l’histoire, le lecteur va plutôt être perturbé par l’incohérence soudaine que crée ce changement radical d’univers. En effet, et c’est là que la déception se forme, changer la direction d’une histoire ne devrait pas être synonyme de modifier délibérément les règles du monde fictif dans lequel est situé le récit. Le contexte est modifié au moment-même où cet écran original apparaît. Les personnages semblent se comporter différemment, sans véritable explication. Il est difficile de mettre le doigt dessus au premier abord, mais quelque chose cloche, ça ne fait aucun doute.

Ainsi, deux chocs se confondent et agressent le lecteur, tout en sachant que l’un d’entre eux n’est pas volontaire. L’histoire en tant que telle manque de cohérence et l’écriture aurait dû être plus travaillée afin de pouvoir être située dans le contexte créé par Perrault (puisque c’est son texte qui est repris). Comme nous l’explique Helia dans son article dédié à la genèse de Being Beauteous, la nouvelle a été écrite d’une traite et en une soirée uniquement. Cela explique toutes ces incohérences puisque qu’il ne semble pas y avoir eu une véritable recherche pour associer et créer un lien fort et quasi invisible entre le texte original et la suite inventée. Au lieu d’avoir un récit entier, on se retrouve avec deux histoires sans véritable lien excepté les noms des personnages. Pire, des lieux et d’autres personnages sont rajoutés sans qu’on n’arrive à les associer avec l’introduction présente au début du VN. Ils ne semblent tout simplement pas avoir leur place. De plus, la complexité du récit s’en retrouve décuplée puisque un nombre incalculable d’informations diverses et variées (qui n’auront pas forcément un intérêt, comme le montrent les exemples cités plus haut) vont envahir le texte tant bien que l’histoire en devient difficile à suivre : des bonds dans le temps, des histoires d’économie, de contexte social etc. vont se mêler à la simple histoire d’amour sans véritablement être développés. Quel intérêt y a-t-il à multiplier les informations sans véritablement les exploiter si la lecture du récit se termine en une demi-heure ? Les rythmes entre la première et la deuxième partie sont diamétralement opposés (l’un est lent et posé tandis que l’autre avance à toute vitesse).

 

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Mise à la rue, travailleuse dans une boulangerie, puis remise à la rue, prostituée, puis ouverture de sa propre boulangerie… Tout ceci en un seul écran !

 

Si on décide de prendre à part cette partie originale, il en ressort tout de même plusieurs erreurs. Le personnage de Cendrillon, au-delà du fait qu’il change radicalement de caractère puisqu’elle décide du jour au lendemain de contrarier sa belle-mère, est brutalisé afin de mettre en évidence sa personnalité forte et indépendante. Malheureusement, cela est fait d’une façon plus que maladroite : « elle croisa la route d’un riche bourgeois à qui elle vendit sa virginité en échange d’un local ». Cette phrase permet-elle réellement de montrer la ténacité de la jeune femme, ou sert-elle uniquement à choquer le lecteur ? En effet, cet acte qui n’est pas bénin arrive tel un cheveu sur la soupe et est raconté comme si cela coulait de sens. La personnalité des différents personnages est déjà connue grâce à l’introduction et ne nécessite pas qu’on appuie sur le moindre trait de caractère. L’enchaînement de drames affuble le récit. Le lecteur sent très facilement qu’on essaye de rendre le personnage de Cendrillon extrêmement attachant, pire, qu’on ait pitié de la jeune femme. C’est bien évidemment le contraire qu’il faudrait et ce manque de subtilité nuit à la qualité du scénario. Les événements se suivent non pas car il y a une véritable logique (Pourquoi une boulangerie ? Pourquoi devient-elle célèbre ? Pourquoi devenir prostituée du jour au lendemain sans envisager d’autres solutions ?) mais parce que l’auteur a décidé qu’il en serait ainsi. Le contexte et l’histoire semblent s’adapter aux événements, et non pas l’inverse. Cette ambiance presque glauque est amenée sans aucune transition afin de déstabiliser encore plus le lecteur déjà perturbé. Tous ces drames décrédibilisent l’ensemble de l’histoire, et c’est bien dommage. On ressent tout de même que si le visual novel avait été plus long, le développement de toutes ces sous-histoires auraient pu être censé. Malheureusement, ce n’est pas le cas ici.

 

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Difficile d’imaginer un ancien roi s’exiler dans une maison à la campagne dans le monde de Cendrillon… N’y a-t-il pas une erreur de contexte ?

 

Bien que l’idée de base soit séduisante (transformer un conte classique), Being Beauteous se noie malheureusement sous une écriture bancale et une trame scénaristique maladroite. la qualité de l’écriture n’est pas tout à fait au rendez-vous (phrases uniquement composées de propositions subordonnées relatives, multiples phrases nominales, règles de ponctuation non respectées…). Le lien inexistant entre la première et la deuxième partie pénalise énormément la suite de l’histoire qui ne semble pas crédible et enchaîne simplement différents chocs pour le lecteur sans que cela ait un intérêt. La brutalité, pour ne pas dire l’horreur, exagérée n’avait pas sa place dans un récit pareil (ou du moins, pas dans un récit aussi court). Le problème vient très certainement du choix des mots : certains ont un sens trop fort et donnent une dimension toute autre au récit. Heureusement, la qualité globale des dessins et des musiques ainsi que la première moitié de l’œuvre pourront retenir votre intérêt suffisamment longtemps pour ne pas vous ennuyer. L’idée est également encourageante, c’est une voie à explorer et très certainement à retenter sous la forme d’un VN. Si on omet beaucoup de détails scénaristiques et qu’on lit sans vraiment prêter attention à la forme du récit, il est possible d’apprécier l’œuvre en tant que telle. C’est un visual novel à l’idée touchante mais accablé de petits défauts dans sa dernière partie. Il en est tel qu’on puisse regretter de ne pas avoir gardé l’histoire originale, car le rendu technique autour du texte était très bon. On perçoit bien l’objectif de l’auteur à la fin de notre lecture, mais malheureusement il est difficile d’assumer l’histoire jusqu’au bout lorsqu’on l’analyse véritablement. Des risques ont été pris, mais un travail plus long aurait été bénéfique, c’est certain.

 

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L’histoire se finit bien finalement (cela contraste, par ailleurs, énormément avec le reste).

 

Note finale sur VNDB : 6,5/10

 

Ambre

 

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Voici un des premiers éléments illogiques de l’histoire.

 

Ce visual novel a été créé à l’occasion du NaNoReno 2013, un concours organisé sur le forum lemmasoft au cours duquel les participants doivent créer VN en un mois à peine. Très similaire à Being Beauteous sur certains points, Ambre se veut en effet lui aussi très intriguant : un homme de trente ans accueille une petite fille trouvée dans la rue chez lui, mais leur relation ne va pas évoluer comme prévue. Pour plus d’informations et pour télécharger le VN, c’est toujours par ici.

Impossible de savoir au début de notre lecture si l’histoire va se révéler douce ou brutale : les dessins, tout comme pour Being Beauteous, sont encore une fois très mignons avec des couleurs chaudes et vives. Les sprites, plutôt réussies dans l’ensemble, sont colorisées au crayon et contribuent à l’ambiance. Les décors ne seront pas aussi réussis malheureusement : la rue principale (premier décor du récit) n’a pas reçu le même soin que les autres fonds. Par ailleurs, des feuilles mortes ont été animées, mais le résultat n’est pas spécialement réussi : elles ne collent pas avec le fond et leur déplacement n’est pas réaliste. Les autres décors sont quant à eux de bonne qualité, notamment la chambre de Ambre. Les erreurs de perspectives sont tout de même assez nombreuses, surtout pour la pièce du salon. Les graphismes sont donc d’une qualité inégale mais restent tout de même agréables à l’œil.

Quant à l’interface globale du visual novel, celle-ci est plutôt bonne : le menu est joli, mais le choix de certaines couleurs casse l’harmonie de celui-ci. Des ombres s’ajoutent aux boutons roses lorsque la souris se pose sur eux, le titre du visual novel est colorisé dans un dégradé marron-jaune qui n’a pas grand chose à voir avec tout le reste de l’interface rose. Concernant le menu des options, il est beaucoup plus agréable que le menu principal : une très jolie illustration de la petite fille accompagne les quelques paramètres, qui sont eux dans une gamme de roses parfaitement choisis. Une interface plus réduite accompagne aussi votre lecture lorsque vous lancerez le VN : des boutons Passer, Sauvegarder, etc. vous permettent d’accéder rapidement à ce que vous souhaitez. Seulement, tout comme pour Being Beauteous, toute l’interface est en anglais ! Il est dommage qu’il n’y ait pas eu plusieurs interfaces créées en fonction du langage choisi. Au niveau de la lisibilité du visual novel en général, celle-ci peut être aisément critiquée : le texte de cette mini-interface ne bénéficie ni de contours, ni d’ombres, ce qui le rend parfois invisible lors de certaines scènes. Certains choix graphiques peuvent ainsi être remis en cause : le nom du personnage prenant la parole est en vert et est accompagné d’une petite fleur blanche, la police est très difficilement lisible (si vous avez un netbook, la lecture vous sera difficile)… La lecture n’est pas du tout facilitée, contrairement à Being Beauteous qui possédait une police très lisse et très simple à lire, même avec une petite résolution.

 

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Un exemple parlant du manque de lisibilité.

 

Ambre raconte une histoire difficile à appréhender : vous voici plongé dans un monde fictif très proche du nôtre, dans lequel vous suivez la vie d’un homme et de sa nouvelle « amie ». Le visual novel n’est pas simple à suivre : une foultitude d’éléments contradictoires viendront perturber votre lecture. Prenons comme exemple le synopsis ; un homme adulte accueille une petite fille chez lui sans même prévenir la police… Comment cela peut passer inaperçu ? Le lecteur sait dès le début que quelque chose ne va pas. Cependant, un problème subsiste : on remet constamment en cause la crédibilité et la logique du récit. En effet, il est impossible de savoir si ces événements illogiques ne proviennent pas juste de l’incohérence du scénario et consisteraient ainsi en de simples erreurs de continuation. Analysons cela de façon chronologique.

Lorsque Tristan recueille la petite fille, il n’hésite pas une seule seconde à la faire vivre chez lui sans même prévenir les autorités. Ambre ne semble pas avoir de famille, et paraît très heureuse d’être chez un inconnu. Annonçons dès maintenant que le narrateur est omniscient : il connaît tout et peut décrire les pensées de tous les personnages (il utilise donc la troisième personne). Cela se révèle être un élément capital à l’intrigue de l’histoire, mais cela sera expliqué par la suite. Nos deux personnages vont continuer à vivre ensemble sans aucun problème, jusqu’à ce qu’Ambre devienne jalouse de l’ancienne femme de Tristan. Il s’en suit une histoire d’amour interdit poussée au ridicule : les deux jeunes gens se marient du jour au lendemain, et c’est là qu’Ambre parle de son désir d’avoir un enfant. Le lecteur ne fait pas face à un amour platonique, au contraire : il est dit de façon plus ou moins explicite que le couple a également une relation physique. Impossible de rester stoïque face à cet événement. Tout cela semble irréel mais le narrateur ne peut pas nous mentir : celui-ci est omniscient après tout. Les mots qu’il utilise sont sans ambiguïté et l’image montrée à l’écran est en totale cohérence avec le texte. Malgré tout cela, un retournement de situation a bel et bien lieu…

 

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Une belle illustration qui perturbe…

 

Quelques événements plus tard, nous voici face à une révélation hors du commun : la « petite fille » qu’est Ambre est en réalité une adulte (et également la femme de Tristan, mais cela est étonnamment moins choquant) ! L’image du personnage change donc : nous découvrons une femme à l’air fatigué, presque effrayant, cassant complètement avec celle de la petite fille en rose. Ce changement soudain est à la fois intéressant et illogique. Comme il a été dit précédemment, le narrateur connaît tout de l’histoire et inconsciemment, le lecteur lui fait entièrement confiance. On ne peut pas remettre en question la parole de ce type de narrateur. Il faut se tourner vers un récent concept : le narrateur incertain. Seulement, celui-ci utilise dans la majorité des cas (voire par définition d’après Wikipédia) un point de vue interne : l’histoire est racontée par un des personnages à la première personne. Dans le domaine du visual novel, cela a déjà été fait dans Umineko no Naku Koro ni qui oppose deux croyances bien distinctes (« Fantasy » et « Mystery »). Le narrateur a un rôle capital dans ce type de récit puisqu’il permet de démêler le vrai du faux. Il devient neutre, sans parti pris. Dès que celui-ci émet le moindre avis, il se glisse dans la peau d’un des personnages (par exemple, les sorcières lorsque celles-ci veulent prouver que l’énigme peut se résoudre d’une façon « fantasy ») afin de séparer la narration certaine de la narration incertaine. Dans Ambre, le narrateur n’a aucune raison de mentir au lecteur : il est impliqué dans l’histoire de par son point de vue omniscient mais il se doit d’être absent et neutre. C’est pour cela qu’il n’est pas correct d’envisager que celui-ci puisse nous mentir, ni abuser de son rôle de narrateur pour changer l’histoire du tout au tout. Avant la révélation, les événements illogiques n’avaient aucun sens. Le récit n’est pas crédible et on est déçu par cette quantité incroyable de pirouettes afin que l’histoire se finisse correctement. C’est une faute littéraire qui mérite débat.

Prenons par exemple la toute dernière scène du VN : Tristan se rend à l’hôpital avec Ambre et discute avec un médecin dans un couloir. Cette ultime discussion frise malheureusement le ridicule : le docteur est complètement à côté de la plaque pour ne pas avoir peur des mots. C’est à se demander comment celui-ci a pu obtenir son diplôme ! Ce manque de tact incroyable fait à nouveau chuter la crédibilité du récit qui se perd à vouloir dramatiser de plus en plus la situation sans y proposer de solution. Dans ce monde proche du nôtre, comment un médecin pourrait laisser dans la nature une personne souffrante à ce point (et donc dangereuse pour la société) ? La maladie surréaliste qu’on lui attribue tente d’être expliquée de façon réaliste… mais cela est une grossière erreur et il aurait fallu laisser les explications dans l’ombre plutôt que de mettre en scène un médecin aussi idiot. L’histoire aurait pu se tourner dans le fantastique mais elle finit par se justifier par tous les moyens possibles ce qui ne fait qu’alourdir le récit. Les maladies psychologiques sont un sujet grave et difficile à traiter, c’était un vrai risque d’en parler de façon réaliste mais la sauce ne prend pas.

L‘histoire d’Ambre rappelle beaucoup celle d’un autre visual novel : Dandy Girl (basé sur la nouvelle The Dandelion Girl et disponible gratuitement en français). Dandy Girl raconte en effet lui aussi l’histoire d’un homme rencontrant une jeune fille qui se révèle être la femme de notre protagoniste. Les propos et la façon de résoudre l’intrigue ne sont pas du tout les mêmes mais il m’était impossible de ne pas comparer les deux œuvres. La différence flagrante entre les deux est que Dandy Girl n’hésite pas à tomber dans la science-fiction afin de donner du sens à cet élément révélateur (une jeune fille qui devient une femme adulte). Tout cela sert à raconter une histoire d’amour simple mais très touchante. Dans Ambre, on ne saisit pas bien la conclusion de l’histoire car la fin est très ouverte et ne donne pas de réelle conclusion. Tout est très pessimiste et on découvre que le début de l’histoire est exactement le même que la fin. De plus, ce VN raconte son histoire non pas une mais deux fois. En effet, Tristan étant dans une sorte de boucle infinie, le récit se répète une fois avec cette fois-ci un narrateur fiable et des dessins montrant la réalité des choses. Le texte étant le même à peu de choses près, il n’y a absolument aucun intérêt à relire une nouvelle fois la même chose car le twist final est déjà compris. Il aurait fallu laisser au lecteur s’imaginer ce cercle vicieux. Ainsi, la longueur du VN n’est qu’une illusion puisqu’il est en réalité deux fois plus court que prévu.

 

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Il sait choisir les bons mots pour vous remonter le moral !

 

Maintenant que l’histoire en elle-même a été décortiquée, parlons de la morale, du fond, du message d’Ambre. Celui-ci a le mérite d’être bien clair : Ambre est une femme adulte perdue dans ses propres rêves d’enfant, dans une utopie loin du monde réel mais que la société nous force à envisager. La société est responsable du malheur de celle-ci car nous vivons un monde injuste envers les femmes.Ambre nous parle donc des critères qu’on impose aux femmes (et strictement aux femmes) dans notre société. Bien que la notion de femme-objet ne soit pas une simple illusion et que le message global soit plutôt honorable, le VN n’arrive pas à entièrement convaincre son lecteur. L’intrigue du VN n’est pas forcément ce qui doit être remis en cause (elle a ses propres problèmes) mais plutôt l’écriture et la façon dont est racontée l’histoire. Tout est exagéré et généralisé de façon abusive. Tout est dit sans laisser la moindre place à l’imagination du lecteur. Le message est clair, bien trop clair pour pouvoir être apprécié. Le narrateur en deviendrait presque agaçant : il est d’une agressivité incroyable et son parti pris n’est pas appréciable. Le ton même du VN est changé. Tout est critiqué et il n’y a pas une seule pointe d’optimisme : « les séries américaines » seraient ainsi toutes stupides et sans intérêt (un raccourci beaucoup trop rapide…) pour ne pas dire la télévision en elle-même. On diabolise et confond l’anorexie, la chirurgie esthétique, les stars dans les magazines, l’épilation, le shopping, le maquillage… pour tout mettre dans le même panier et hurler leur inutilité voire leurs propriétés destructrices. On ne le dira jamais assez : ce n’est pas tout blanc ni tout noir. Il faut faire la part des choses et les dire de façon juste et justifiée. Certes, certaines femmes (et ici on ne parle d’ailleurs que de la pression envers les femmes) agissent non pas pour elles, mais pour les autres… mais n’est-ce pas comme ça que fonctionne une société ? La notion de vie privée ne permet-elle pas justement de savoir faire la différence entre le comportement en communauté et celui en privé ? Lors d’un entretien d’embauche, une bonne présentation est indispensable car cela montre que nous ne sommes pas indifférents à la situation. Cela est valable partout, que ce soit pour l’homme et la femme. Il aurait été intéressant de faire le parallèle entre les attentes qu’on a envers les hommes et celles envers la femmes, mais ici on ne parle que de la femme. Il est donc un peu facile de dire que c’est la faute de la société que nous sommes ainsi, car chacun est libre de faire ce dont il a envie au final. Il est vrai que la femme peut être mal vue si elle ne correspond pas à certains critères mais encore une fois, cela dépend des personnes (et heureusement !). Tout le monde ne pense pas ainsi, et il suffit de faire de bonnes rencontres. L’éducation qu’on nous apporte permet aussi de faire cette part des choses indispensable afin de ne pas tout confondre et de tomber dans l’excès.

 

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La diabolisation du maquillage accentuée par des hyperboles et des rapprochements douteux.

 

Pour résumer, Ambre est un visual novel correct qui se démarque par son scénario original et son retournement de situation sympathique bien qu’illogique lorsqu’on y réfléchit quelque peu. Sa réalisation est de très bonne facture malgré les quelques problèmes de lisibilité. C’est une bonne expérience même s’il mériterait, tout comme pour Being Beauteous, une version plus aboutie au niveau du texte notamment ainsi qu’une fin digne de ce nom.

 

Note finale sur VNDB : 6/10

À très bientôt pour d’autres critiques !

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7 Commentaires

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7 réponses à “Dossier : la communauté française de visual novels – (3/?)

  1. Suryce

    Autant je veux bien croire que Helia aurait pu mieux présenter le message d’Ambre, autant je pense que ta réponse à celui-ci est complètement à côté de la plaque et n’était pas forcément nécessaire à la critique qui plus est. Oui, il y a des attentes envers aussi bien les hommes que les femmes, mais tu fais une fausse équivalence en les mettant au même niveau. Elles ne sont pas comparables, aussi bien dans leur nature que dans leur quantité. La seule chose qu’est demandé et attendu des hommes, c’est d’être sexuellement actif et de ne pas être sentimentaux, et en-dehors de ça, on est basiquement libres de faire ce qui nous chante. Tandis que du côté des femmes, il y a non seulement beaucoup plus d’attentes, mais elles sont en plus contradictoires : une femme doit être à la fois une mère, une Sainte Vierge et un objet-sexuel. Aussi, je suis amené à penser que les gens sont plus rapides à juger une femme qui sort de la norme plutôt qu’un homme.
    Tu as parlé d’être présentable, mais justement, rien qu’à ce niveau là, y a déjà une différence. Il me suffit de prendre une douche et de mettre une chemise pour être présentable et donner une bonne image de moi-même; je n’ai pas besoin de me maquiller ou de porter des talons-hauts. Si je décide de porter la barbe, même le rasage peut devenir facultatif, et on ne me demandera pas de me raser les aisselles ou les jambes. Aussi, tu parles de « faire les bonnes rencontres », mais ça n’a rien pas grand-chose à voir avec les pressions sociales. On ne choisit pas sa famille, ses employeurs, ses camarades/collègues, et tout plein d’autres gens qui peuvent avoir une influence considérable sur nos vies. Ce n’est pas au niveau individuel qu’on trouve la solution aux problèmes de société. Même une personne la plus gentille au monde peut très bien être modelée et influencée par des mentalités qui pourriront sa vie ou celle des autres à travers elle.

    Mais bref, assez de pavé féministe je suppose, parlons VN xP
    Tu poses une question intéressante sur la question du narrateur omniscient, même si je ne serais pas aussi catégorique sur l’idée que ce soit un problème. Après tout, l’omniscience signifie juste que le narrateur sait tout, pas qu’il doit forcément tout nous dire. Même s’il ment directement dans Ambre, je ne me souviens d’aucune règle littéraire interdisant cela. Si c’est pour le bien du récit, je ne vois pas pourquoi il se gênerait, ni pourquoi le lecteur doit forcément lui faire 100% confiance.
    En passant, tu cites Umineko, mais je ne suis pas certain que toutes les scènes de Fantasy soient bel et bien racontées avec un point de vue interne. Surtout que lesdits éléments de fantaisie ne sont pas toujours vus par les personnages eux-mêmes. Par exemple, la plupart des personnages qui affrontent les Seven Stakes n’ont pas réellement halluciné ou imaginé se battre avec des piquets pouvant prendre forme humaine. C’est méta-Béatrice (à la fois écrivaine et narratrice omnisciente) qui présente les choses ainsi parce que c’est son délire à elle d’imaginer les habitants de Rokkenjima exprimant leurs sentiments et tourments à coups de combats épiques et de magie flashy, plutôt que de montrer la manière bien banale par laquelle ils se sont réellement fait assassinés.

    • Je suis tout à fait d’accord sur le fait qu’on demande aux femmes des choses différentes par rapport aux hommes. Je dis d’ailleurs dans ma critique qu’il aurait fallu faire le parallèle entre les deux. Mais je te trouve très pessimiste sur la vision actuelle de la société envers ces attentes. Comme je le disais finalement, cela dépend énormément des gens qu’on rencontre et je trouve qu’il est difficile de généraliser ainsi… surtout en ce qui concerne le fait que l’homme doit être « sexuellement actif » et « ne pas être sentimentaux ». Certes, on n’a pas le choix de certaines rencontres et il y a des harcèlements c’est certain mais il faut s’assumer tel qu’on est dans tous les cas malgré les remarques… On peut être influencé par tout et n’importe quoi de toute façon mais il faut rétorquer de façon juste aux remarques stupides et ne surtout pas laisser faire. Ce que je reproche au VN notamment, c’est de renvoyer toute la faute sur la société et d’exagérer de façon inutile.

      Par rapport à Umineko, même si mes souvenirs ne sont plus tout frais, il me semble bien qu’il y a un jeu sur les mots pour qu’il n’y ait pas de réel « mensonge » bien que je puisse me tromper. Les scènes fantastiques sont le plus souvent totalement fantastiques et se déroulent d’ailleurs dans un autre univers qui n’a rien à voir avec les résolutions d’énigmes. Je faisais d’ailleurs référence à cela lorsque je parlais de démêler le vrai du faux. La narration d’Umineko est assez chaotique en soit donc j’aurais moi-même du mal à justifier certains choix…
      Le soucis dans Ambre c’est que le narrateur n’a pas vraiment d’intérêt à mentir… Certes, ça créé un effet de surprise mais au final cela reste un tour de magie sans explication logique. Un exemple simple : pendant tout un visual novel on parle d’un « canapé vert » (avec une image d’un canapé vert) et au dernier moment on dit « ah ah tu t’es bien fait avoir ! Finalement il est rouge ! » difficile de trouver ça juste… Le rapprochement adulte-petite fille est certes intéressant mais aurait pu être mieux exploité car l’amour interdit est finalement ce qu’on retient le plus de cette première partie alors que ce n’est pas spécialement volontaire… Le vrai message du VN ne se fait sentir que bien loin après ça et c’est un peu dommage.

  2. Cet article souligne des points intéressants et contient cependant quelques problèmes.Je vais d’abord parler du coté technique:

    Pour le problèmes d’éléments en trop dans le menu des options, il a déjà été prévu de le corriger dans la prochaine version qui sortira à Japan Expo 2014… enfin, si notre campagne indiegogo débloque son premier but additionnel (donc pensez à donner ici SVP: [Merci de ne pas faire de pub dans les commentaires] :D)

    Certaines remarques sur l’aspect ergonomique des couleurs et des polices de caractères sont très pertinentes. En effet, c’est un élément connu que le problème de l’aspect graphique face à l’ergonomie, et il soulève ici l’importance de l’apprentissage et de l’expérience requise pour trouver le bon compromis entre un texte lisible et des graphismes (couleurs et polices de caractères) attirants. Il y a en effet aussi besoin d’une vision extérieur, par d’autres personnes, pour pouvoir soulever ces problèmes. Je compte d’ailleurs en parler dans une série d’articles que je compte écrire (bientôt je l’espère, je suis assez débordé en ce moment) et vérifier plus rigoureusement par la suite qu’il n’y aie plus de problèmes de ce genre.

    Il est certes normal de trouver dommage qu’il n’y ai pas eu plus d’effort de traduction de l’interface mais la remarque sur la difficulté d’intégration de celle-ci est par-contre erronée, et souffre d’un manque d’expérience car, non, il n’est pas toujours très simple de gérer différent langages. Certes, l’informatique est un outil efficace pour gérer du texte mais la traduction ne se limite pas à remplacer du texte: il faut vérifier que celui-ci ne déborde pas, que les graphismes s’adaptent aux nouvelles dimensions, que les effets sur le texte (contours, ombre, soulignement, dégradés) ne causent pas de problèmes, et le fait que du texte peut aussi être inclus dans des images ou dans un élément technique du jeu. Il ne faut pas non plus oublier le contexte ayant mené à cette décision.

    La critique du choix de la durée de réalisation oublie un autre détail: sans cette durée limitée, le projet n’aurait pu avoir lieu et il n’y aurait point eu de graphismes du tout, et de plus, il faut savoir que le projet a aussi été retouché après la participation au concours et les graphismes ont été améliorés par rapport à l’original afin d’obtenir un résultat satisfaisant sans devoir passer trop de temps dessus. Le but n’est pas non plus d’avoir des graphismes très poussés, il faut savoir se contenter de choses simples aussi. Il vaut mieux commencer petit et grandir que de se casser la gueule en voulant devenir trop tôt trop gros.

    « Comme la majorité des créations amateurs, nous avons encore une fois affaire à un visual novel programmé sous Ren’Py.  »
    La critique est floue ici. Je sens un problème via la connotation négative du « encore » dans ce contexte mais j’ai du mal à identifier clairement le problème. Est-ce un problème de manque de diversité dans les SDK? Est-ce un problème spécifique à Ren’Py? Est-ce un problème spécifique à ce VN ou à plusieurs VNs?

    Sinon, je suis content d’avoir enfin quelqu’un qui relève un problème après l’animation des feuilles mortes. J’ai eu des retours sur le fait que l’animation était bien faite et que c’était pas moche, mais qu’un retour sur ce problème. Surtout que je sais qu’il y a des problèmes: l’effet est généré sur un plan 2D avec des mouvements qui contrairement à de la neige ou de la pluie souffre beaucoup plus du manque de perspective et l’effet de déplacement des particules ne prends pas compte beaucoup d’effets que l’on peut avoir sur le vent tel que les bourrasque et les phases de repos.
    Et là, … je suis vraiment déçu d’une critique aussi peu poussé: tu n’indique pas à quel niveau l’intégration avec le fond ne va pas et tu n’indique pas ce qui n’est pas réaliste dans les déplacements, ne serait-ce qu’en fournissant par exemple un exemple de comparaison d’un autre jeu où ça te semblais plus réaliste. J’ai passé du temps sur la programmation de ce VN, ne serait-ce que sur des détails infimes (tel que les pétales qui passent derrière le personnage dans le menu principal) donc s’il te plaît, passe aussi plus de temps dans ton travail de critique.

    Pour le récit de Being Beauteous:
    « Seulement, l’auteur […] nous promet une révélation hors du commun qui viendrait chambouler notre vision du conte et ainsi faire de Being Beauteous une histoire à part entière. Qu’en est-il réellement ? »
    Cette phrase me semble bizarre: Je ne sais pas si ça viens de notre société, dont les médias, la publicité et les journaux perdent toute notion de mesure, en abusant de superlatifs pour décrire des œuvres qui le valent, selon mes goûts, largement moins que d’autres mais, ici, il faudrait que tu m’expliques d’où tu sors ton « hors du commun » et ton « chambouler ».
    Sinon, comment peut-tu demander à un amateur qui en est à ses débuts, de rivaliser avec un auteur renommé? Autant j’ai déjà vu des amateurs pondre de vrais bijoux face à des professionnels qui peuvent pondre de la merde, autant là, je ne comprends pas.
    J’ai aussi l’impression qu’il y a une incompréhension dans le scénario avec un refus de voir une idée alternative au scénario original, au point de décréter qu’il s’agit de deux histoires sans lien. Pour moi, j’en vois plutôt une version alternative qui fait réfléchir aux possibilités que l’on peut avoir en changeant un élément: la pantoufle qui ne permet plus au prince d’identifier la jeune fille.

    Pour le récit d’Ambre:
    Grosso-modo, la critique se tient, sauf sur un point: « le narrateur ne peut pas nous mentir : celui-ci est omniscient après tout ». Je rejoins l’avis de Suryce: En quoi ne pourrait-il mentir? Va-tu l’envoyer en prison pour mensonge? :D
    Et quand on voit ce qui est suggéré dans des films comme Inception ou même la fin du film met un doute sur la vérité, on peut se demander ce qui définit la vérité.

    Pour conclure:
    Je suis ravi de voir que tu les a trouvé de très bonne facture ces productions amateurs, ça donne de l’espoir. Pour les versions plus abouties que tu attends, je ne pense pas qu’on pourra tout corriger (ça dépendra aussi de l’état de l’indiegogo), mais au moins, on pourra toujours s’améliorer pour créer par la suite de meilleurs visual novels.
    N’oublie pas aussi de féliciter ceux qui progressent, vu qu’il faut bien de la motivation pour créer des visual novels intéressants.

    • À l’avenir, merci d’éviter la publicité dans les commentaires. Ce n’est pas un espace prévu à cet effet.

      Puisque tu mentionnes la campagne Indiegogo, voici une question la concernant : en quoi 200 euros sont-ils nécessaires pour la réalisation d’une version 2.0 de ces deux visual novels à l’origine gratuits ?

      Lorsque je mentionnais la facilité d’insérer des traductions dans un visual novel, je faisais référence aux nouvelles versions de Ren’Py qui incluent tout une partie traduction. Certes, ça ne facilite pas au point de réaliser cela en moins de 10 minutes mais ce n’est pas le propos de ma critique. Ce qui est important, c’est que ça ne change rien au fait que c’est un élément non négligeable qui a été omis ici. Pour une belle harmonie et une facilité d’utilisation il me semble indispensable d’avoir une interface écrite dans une seule et même langue.

      « Le but n’est pas non plus d’avoir des graphismes très poussés ». Comme je le dis dans mon article, « la qualité actuelle peut être considérée comme suffisante pour une œuvre de ce type » donc les graphismes n’ont pas eu d’impact conséquent sur l’appréciation globale du visual novel. Ce qui est frustrant, c’est d’apercevoir des esquisses de très bonne qualité qui donnent une impression d’inachevé.

      Il n’y a aucune connotation négative lorsque je précise que le VN a été réalisé sous Ren’Py.

      Tu dis être « déçu d’une critique aussi peu poussé » concernant l’animation des feuilles mortes et autres pétales. Je te répondrai tout simplement que tu réponds à ta propre question : tu dis qu’il s’agit de « détails infimes ». En quoi des détails infimes mériteraient plus d’une ligne dans une critique qui discute du visual novel dans sa globalité ? Ce ne sont pas des éléments suffisamment pertinents lors de la lecture. La quantité de travail n’a absolument rien à voir avec cela.

      Le choix de mes mots permet de transmettre mon état d’esprit vis à vis du visual novel et également de rendre la lecture agréable. Les sens de « chambouler » et « hors du commun » sont par ailleurs tout à fait appropriés dans la phrase que tu as citée.

      « Comment peut-tu demander à un amateur qui en est à ses débuts, de rivaliser avec un auteur renommé? » Ce n’est pas moi qui le demande mais le visual novel en lui-même. En effet, je dis dans ma critique qu’il reprend le texte d’un autre auteur. Ainsi, la comparaison est inévitable et constitue un risque certain pour le deuxième auteur (dont le texte arrive après le premier en plus de cela). Un autre choix possible aurait été de réécrire entièrement l’histoire. Ainsi, il n’y a plus de comparaison possible au moment-même de la lecture. Or, ici on nous l’impose.

      Tu parles de « refus de voir une idée alternative au scénario original ». Je ne refuse absolument rien. J’explique notamment pourquoi les deux textes ne fonctionnent pas ensemble.

      Concernant le narrateur, tu poses la question « en quoi ne pourrait-il mentir? ». Je te renvoie à la notion de pacte narratif (ou pacte de lecture) qui explique entre autre que le lecteur accepte de croire tout ce que racontera l’auteur et qu’il accepte de donner de son temps pour lire l’histoire. Sinon, il n’y a pas d’histoire possible ! Si on remet constamment en question ce qu’annonce l’auteur comme étant une vérité (aussi fou que cela puisse paraître) le lecteur ne peut pas lire l’histoire puisqu’il ne respecte pas le pacte de lecture. Un narrateur omniscient ne ment pas à son lecteur car il n’a absolument aucune raison de le faire. Lorsqu’on parle de narrateur incertain, on évoque les narrateurs internes qui ont une raison valable de mentir au lecteur (un psychopathe qui veut tourner l’histoire à sa façon, un personnage qui n’a pas conscience des événements autour de lui…). Le narrateur n’étant pas un personnage, il n’a pas le droit d’avoir une vision des choses erronées pour le simple plaisir d’embrouiller le lecteur (il n’y a pas de conviction personnelle). L’auteur n’a pas à s’identifier ou à exprimer son point de vue via un narrateur omniscient.
      Le film Inception n’utilise pas du tout cette notion puisqu’il s’agit d’une fin ouverte : il montre les événements tels quels mais sans les expliquer. Cependant, la notion de narrateur dans un film et dans un livre est utilisée de façon totalement différente et est difficilement comparable à mes yeux.

      Je tiens à préciser que je ne dis aucunement dans ma critique que j’ai trouvé « de très bonne facture » les visual novels présentés ici. Le but de ces critiques n’est pas de féliciter ou de gronder les créateurs en eux-mêmes mais de fournir un avis détaillé et construit des visual novels qui ont été créés. Ce sont des idées que j’encourage, et non pas des personnes.

  3. « À l’avenir, merci d’éviter la publicité dans les commentaires. Ce n’est pas un espace prévu à cet effet. »
    Heu, je vois plus ça comme une promotion qu’une publicité vu que le but n’est pas lucratif mais de ne pas ruiner les organisateurs avec les frais du stand, les frais d’impression et d’achat de matériel.

    « Puisque tu mentionnes la campagne Indiegogo, voici une question la concernant : en quoi 200 euros sont-ils nécessaires pour la réalisation d’une version 2.0 de ces deux visual novels à l’origine gratuits ? »
    Parce-que les CD vierges et jaquettes ne sont pas gratuits et qu’il n’y aura pas que ces deux visual-novels. Pour le détail du budget, je te laisse voir directement avec les personnes concernées.

    « Ce qui est frustrant, c’est d’apercevoir des esquisses de très bonne qualité qui donnent une impression d’inachevé. »
    J’ai déjà vu l’effet inverse aussi, des esquisses de bonne qualité pour un résultat massacré.

    « Tu dis être « déçu d’une critique aussi peu poussé » concernant l’animation des feuilles mortes et autres pétales. Je te répondrai tout simplement que tu réponds à ta propre question : tu dis qu’il s’agit de « détails infimes ». En quoi des détails infimes mériteraient plus d’une ligne dans une critique qui discute du visual novel dans sa globalité ? Ce ne sont pas des éléments suffisamment pertinents lors de la lecture. »
    OK, j’ai compris…

    « Le choix de mes mots permet de transmettre mon état d’esprit vis à vis du visual novel et également de rendre la lecture agréable. Les sens de « chambouler » et « hors du commun » sont par ailleurs tout à fait appropriés dans la phrase que tu as citée. »
    Sauf qu’il serait bien de faire la distinction entre ton état d’esprit et la promotion qui à réellement été faite dessus. On dirait que tu confonds avec la promotion qui a été faite pour Faith/Puella.

    « Je te renvoie à la notion de pacte narratif (ou pacte de lecture) »
    Tiens, j’ai du mal à trouver de l’information la dessus. Et j’ai plus l’impression qu’il s’agit de « Le lecteur passe du temps à lire le livre et l’auteur est donc tenu de respecter ça en ne mentant pas sur ce qu’il annonce: le genre, les caractéristiques… (si on veut lire du fantastique et qu’on se retrouve face à de la science-fiction ou qu’on veut lire un thriller et qu’on tombe sur du roman à l’eau de rose, je peux comprendre qu’on soit déçu) ». Hors là, c’est plus du type : « mais à la fin, il se réveille et ce n’était qu’un rêve ».

    Je tiens à préciser que je ne dis aucunement dans ma critique que j’ai trouvé « de très bonne facture » les visual novels présentés ici.
    En effet, tu as dit « Sa réalisation est de très bonne facture », pour le visual novel Ambre, tu l’a trouvé « Correct ». Désolé de la confusion.

    « Le but de ces critiques n’est pas de féliciter ou de gronder les créateurs en eux-mêmes mais de fournir un avis détaillé et construit des visual novels qui ont été créés. Ce sont des idées que j’encourage, et non pas des personnes. »
    Les idées viennent des personnes hein :D (enfin, jusqu’à ce que les ordinateurs/intelligences artificielles nous dépassent mais c’est une autre histoire :D)

    • Tu dis que tu « vois plus ça comme une promotion qu’une publicité ». La publicité consiste justement à « promouvoir la vente d’un produit ». Ça revient donc exactement au même et surtout ça n’a absolument rien à voir avec l’article.

      Je ne vois pas de rapport entre remastériser un visual novel disponible gratuitement en téléchargement et le prix de CD vierges et de jaquettes. S’il n’est pas vendu alors il n’y a aucun intérêt à en faire une nouvelle version ? C’est bien étrange comme vision des choses.

      La communication du visual novel a pourtant bien mis en avant le retournement de situation, c’est d’ailleurs le cœur de l’histoire. Il ne me semble pas inapproprié d’y faire référence.

      Le pacte de lecture est une notion vague mais implicite lors de la lecture d’un roman. Elle prend en compte plusieurs choses. L’exemple que tu donnes « ce n’était qu’un rêve » peut également être utilisé à l’aide d’un narrateur interne. De plus, le mensonge n’est pas obligatoire dans ce type de récit. Ici, clairement, ce qui pose problème c’est de mentir ouvertement au lecteur qui lui faisait pourtant confiance.

  4. « Tu dis que tu « vois plus ça comme une promotion qu’une publicité ». La publicité consiste justement à « promouvoir la vente d’un produit ». Ça revient donc exactement au même et surtout ça n’a absolument rien à voir avec l’article. »
    Dans ton article, tu dit qu’Ambre « mériterait, tout comme pour Being Beauteous, une version plus aboutie » et c’est ce qui est proposé dans la campagne de crowdfounding.

    « Je ne vois pas de rapport entre remastériser un visual novel disponible gratuitement en téléchargement et le prix de CD vierges et de jaquettes. S’il n’est pas vendu alors il n’y a aucun intérêt à en faire une nouvelle version ? C’est bien étrange comme vision des choses. »
    Si on n’atteins pas le but additionnel, on n’aura pas assez d’argent pour acheter des CD vierges et jaquettes pour proposer une version physique incluant une nouvelle version. Et si on ne peux pas proposer une version physique, on sera moins motivé à faire une nouvelle version. C’est si étrange comme vision des choses?

    « La communication du visual novel a pourtant bien mis en avant le retournement de situation, c’est d’ailleurs le cœur de l’histoire. Il ne me semble pas inapproprié d’y faire référence. »
    Je parle du choix des mots… Enfin bon, je laisse tomber…

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